Mais il existe aussi, dans l’aubier de la mémoire, des veines longitudinales, et si l’arbre interroge ces lignes-là, elles lui répondront autrement que par les souvenirs circulaires d’une même année. Un grand chêne pourrait certainement y suivre, par exemple, les traces des chants du rossignol, de mois de mai en mois de mai, pendant cent années; ou bien il retrouverait les givres les plus fragiles, les plus lumineux de sa vie, depuis le premier, que le baiser d’une aube d’hiver posa sur ses jeunes rameaux, jusqu’à la somptuosité de ses hautes frondaisons, étincelantes, sous un soleil nacré par la gelée.

Marie Gevers, Vie et mort d’un étang.